2280 survivantes du commerce du sexe, partisan-e-s des droits des femmes et de lutte contre la traite du monde entier exhortent le premier ministre Justin Trudeau à défendre et à faire respecter la loi canadienne sur la prostitution

CATW International, Equality Now, London Abused Women's Centre April 20, 2018

Des survivantes du commerce du sexe, des partisan-e-s des droits des femmes et des organisations anti-traite du monde entier exhortent le premier ministre Justin Trudeau à défendre et à faire respecter la loi canadienne sur la prostitution

 
(New York, LE 20 avril 2018) – En quelque 24 heures, 2 280 survivantes du commerce du sexe, partisan-e-s des droits des femmes, organisations de lutte contre la traite et personnes préoccupées de partout dans le monde, y compris une foule de citoyen-ne-s canadien-ne-s, ont cosigné une lettre ouverte adressée au premier ministre Justin Trudeau pour lui demander de faire pleinement respecter la Loi sur la protection des communautés et des personnes exploitées (LPCPE). L’autrice et militante féministe Gloria Steinem figurait parmi les signataires. Cet appel à l’action faisait suite à une résolution proposée par les Jeunes libéraux du Canada, intitulée « Dépénalisation du travail consensuel du sexe et du commerce du sexe », qui doit être déposée à la Convention nationale du Parti libéral cette semaine.
 
La LPCPE, adoptée au Canada en 2014, dépénalise les personnes prostituées, qui sont pour la plupart des femmes, et leur offre certains services, tout en ciblant les acheteurs de sexe, qui sont très majoritairement des hommes, en raison des préjudices qu’ils infligent par le biais de la prostitution. Ce cadre juridique, connu à l’origine sous le nom de « modèle suédois », a été adopté par la Suède, l’Islande, la Norvège, l’Irlande du Nord, la République d’Irlande et la France. Bien que la LPCPE criminalise encore les femmes prostituées dans certaines circonstances, un problème que les activistes canadien-ne-s travaillent à résoudre, l’objectif de la loi est de mettre fin à l’exploitation sexuelle commerciale des personnes et de protéger des droits humains, notamment ceux des femmes et des jeunes filles. Elle reconnaît également que les acheteurs de sexe alimentent un commerce du sexe mondial valant plusieurs milliards de dollars. En dépit de ces objectifs louables et des preuves recueillies dans d’autres pays sur l’efficacité de ce modèle juridique, le Canada n’a pas complètement mis en œuvre la LPCPE dans toutes ses provinces, même si les territoires qui l’appliquent disent trouver en cette loi un excellent outil.
« Chaque jour, je suis témoin de la violence indicible et la dévastation que la prostitution inflige à des femmes et à des enfants », a déclaré Megan Walker, directrice générale du London Abused Women’s Centre, en Ontario, qui plaide pour l’application complète de la LPCPE. « Si nous devons rediscuter de la notion que ce que le Canada peut faire de mieux pour nos citoyen-ne-s vulnérables est de favoriser leur marchandisation et leur exploitation sexuelle par une décriminalisation de l’achat de sexe, alors nous avons échoué dans nos promesses d’égalité et de protection des droits humains pour toutes et chacun. »
 
Cette lettre ouverte appelle également le premier ministre Trudeau, comme chef du Parti libéral du Canada, à rejeter la proposition des Jeunes Libéraux d’abroger la LPCPE et de dépénaliser tous les aspects du commerce du sexe au Canada, y compris le proxénétisme et l’achat de sexe.
 
« Lorsque le Canada et ses dirigeants parlent de mettre fin à la violence fondée sur le sexe et à la violence infligée aux femmes, mais qu’ils appuient une résolution favorable au prétendu "travail du sexe" qui aurait pour effet de décriminaliser le proxénétisme et l’achat de sexe, le Canada se montre hypocrite », a déclaré Alaya McIvor, une Autochtone ayant survécu au commerce du sexe qui œuvre au Centre Ma Mawi Wi Chi Itata, au Manitoba. « Nous devrions éprouver un malaise face à de tels efforts pour tenter de renverser le splendide travail qui a été fait et pour lequel nous nous sommes battues si fort pour venir en aide aux victimes de l’exploitation sexuelle. »
 
Alors que les peuples autochtones du Canada ne représentent que 4,8 % de sa population, les statistiques nous apprennent que les femmes et les filles autochtones sont représentées de façon disproportionnée dans le commerce du sexe. Dans un rapport, un réseau d’organismes de première ligne au Canada a estimé que parmi les femmes et les filles qu’ils soutiennent contre leur exploitation sexuelle dans la prostitution, 50 % des filles et 51 % des femmes sont d’origine autochtone. Les données disponibles montrent également qu’une décriminalisation complète ou une légalisation du commerce du sexe déclencherait une augmentation du trafic sexuel, y compris celui de mineur-e-s, pour répondre à la demande de prostitution qui en découlerait.